Déclaration de la délégation CGT au Conseil d’administration de la CNAV du 4 mars 2026

Notre nouveau Conseil d’administration s’installe dans un contexte politique, social et démocratique, particulièrement préoccupant.

À l’international, les gouvernements réactionnaires entraînent le monde dans des conflits armés où les populations paient encore une fois un lourd tribut. Pour la CGT, les armes doivent se taire et laisser place à la paix avec des solutions diplomatiques et démocratiques plaçant au coeur l’aspiration des populations à vivre libres et en paix. Les moyens financiers colossaux qui sont utilisés seraient bien plus utiles dans la lutte contre le dérèglement climatique et pour la prospérité des populations sur la planète.

En France, l’approche des élections municipales se fait dans un climat d’instabilité institutionnelle, où l’extrême droite – porteuse de valeurs radicalement opposées à celles de la Sécurité sociale – est désormais aux portes du pouvoir. Elle menace directement les principes de solidarité, d’universalité et de justice sociale conquis par les luttes des travailleuses et des travailleurs.

Dans ce contexte, la Sécurité sociale doit plus que jamais assumer pleinement son rôle de protection collective, de redistribution des richesses et de cohésion sociale. La CGT réaffirme son attachement à une Sécurité sociale universelle, destinée à toutes et tous, sans distinction de nationalité, et non limitée aux plus pauvres, ceci est une condition sine qua non pour l’acceptation de son financement par le monde du travail.

La Sécurité sociale a été fondée avec la volonté d’offrir une garantie à chacune et à chacun, assurant les moyens nécessaires pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles dans des conditions décentes, tout au long de la vie. La CGT propose un projet novateur de Sécurité sociale intégrale. Elle défend une démocratie sociale réelle, financée intégralement par la cotisation sociale, dans laquelle les Conseils d’administration ne sont pas de simples chambres d’enregistrement, mais de véritables lieux de débat, de décision et de construction des politiques sociales.

La CGT dénonce la mainmise budgétaire de l’État et sa volonté de transformer la Sécurité sociale en un système d’assurance piloté par le marché. Le système, qui exonère grassement les entreprises de leurs cotisations sociales sur le dos des salarié(e)s et du budget de l’État, est détourné de sa mission première, il ne protège plus efficacement les travailleuses, les travailleurs, les malades, les jeunes et les retraité(e)s.

La CGT rappelle donc son exigence d’une abrogation de la réforme des retraites, 1re étape vers le rétablissement de la retraite à 60 ans. Ceci passe également par une réduction de la durée d’assurance requise pour le taux plein, et une réflexion sur les mécanismes d’acquisition des trimestres, notamment sur les périodes non contributives.

Dans cette logique, la CGT rappelle la logique d’une retraite solidaire. Nous rejetons la méthode de consultation initiée au COR par son président quant aux droits familiaux et conjugaux. Les mécanismes de solidarité et leurs évolutions ne peuvent et ne doivent pas être corsetés par une logique comptable d’enveloppe fermée, qui conduit inexorablement à réduire les droits de certain.es pour permettre d’en créer de nouveaux à d’autres. Pour la CGT, les droits familiaux et conjugaux doivent être regardés à partir des objectifs qu’on leur assigne et financés à hauteur des besoins. Cela ne doit pas être une variable d’équilibre financier, mais bien répondre aux objectifs définis dans le Code de la Sécurité sociale, notamment en matière d’égalité femme-homme.

Concernant la réforme de 2023 et sa suspension, nous le répétons, ceci n’est pour nous qu’une étape vers le rétablissement de la retraite à 60 ans. Nous le savons, la mise en oeuvre du décalage du calendrier de la réforme introduit par la LFSS de cette année va générer des besoins supplémentaires pour répondre aux attentes des assuré.es. Pour la CGT, il est donc indispensable que des moyens humains à la hauteur soient mis à disposition. Il n’est pas acceptable de voir la qualité de service être impactée négativement par des évolutions législatives ou réglementaires. Lorsque le législateur ou l’exécutif décident de modifications, il leur appartient de veiller à la qualité et à la continuité du service rendu à nos affilié.es en attribuant des moyens humains et financiers en adéquation.

Dans la continuité, la prochaine COG (Convention d’objectifs et de gestion) sera fortement impactée par les évolutions technologiques que nous connaissons, et devra répondre à certains défis. L’enjeu de la sécurité numérique et de la sécurisation des données nous apparaît primordial, alors que plusieurs organismes nationaux ont connu récemment des failles de sécurité.

De même, la montée en puissance de l’intelligence artificielle va aussi impacter l’organisation des missions de la Sécurité sociale, qui sont déjà soumises à une forte numérisation. Pour la CGT, ces nouveaux outils doivent aider à améliorer la qualité de service et non pas chercher à générer des économies de gestion qui pèsent fortement sur l’emploi, et à terme sur la croissance. Pour nous, ces outils doivent permettre de faciliter la mise à jour des carrières et de participer à la lutte contre le non-recours, en permettant de redéployer les moyens humains là où ils sont nécessaires.

Enfin, la CGT a été alertée sur un pré-rapport d’évaluation de la COG de la CNIEG (Caisse nationale de retraite des industries électriques et gazières), et notamment sur les préconisations de celui-ci en vue de sa prochaine COG. Parmi les pistes envisagées, il est évoqué l’hypothèse de voir la CNAV devenir opérateur de ce régime, voire qu’elle l’intègre sur le modèle du RSI et donc d’avoir une convergence entre les deux COG. Nous dénonçons le fait que la caisse devienne de plus en plus un opérateur de services pour d’autres organismes. Surtout, nous nous inquiétons de ce qui est sous-jacent à ce type de préconisations : si le régime universel envisagé en 2019 a été abandonné, nous savons qu’il n’est pas totalement enterré. Nous subodorons qu’une réforme systémique qui ne dit pas son nom pourrait revenir par petits bouts, sur le modèle de cette intégration. La CGT exige donc la transparence en la matière, et attend la communication de tous les éléments rédigés par McKinsey à l’époque.

Montreuil, le 3 mars 2026

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